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Dossier pays

L'Afrique du Sud et la coupe du monde de football

Le CCFD a accueilli au printemps un de ses partenaires sud africain, Ronald Wesso. Regard sur cet évenement par Georges Martin, aumonier de cette association.

« Je ne crois pas que la Coupe du Monde apportera quelque chose de positif à notre population ! » R. Wesso.

La coupe du monde a tourné les regards de millions de spectateurs ou de touristes vers l’Afrique du Sud.
Un tel évènement, en effet, place sur le devant de la scène mondiale principalement deux pays : le pays vainqueur au plan sportif et le pays organisateur. Et nul doute que tout a été fait pour que le visiteur ou le téléspectateur de l’autre bout du monde découvre l’Afrique du Sud comme un pays moderne, prospère, démocratique.

Effectivement, ce pays de 49 millions d’habitants est un pays riche, qui produit à lui seul le quart des ressources du continent africain. L’Apartheid, qui a si longtemps divisé le pays est aboli depuis 1994. Le Président Nelson Mandela a beaucoup fait pour rapprocher les populations (voir le film de Clint Eastwood « Invictus » sorti dans les salles en janvier). Sa Constitution est l’une des plus modernes et des plus ouvertes sur l’accueil des étrangers. Son drapeau aux six couleurs est d’ailleurs le symbole de cette unification.
Mais il convient aussi de rappeler que les retombées économiques d’un Mondial sont souvent discutables, étant donnée l’importance des dépenses à engager dans les équipements (stades…) et autres infrastructures (transports, sécurité, hôtellerie…). L’expérience montre qu’organiser une Coupe du monde coûte toujours beaucoup plus cher que prévu, et rien ne garantit que l’afflux de touristes attendus parvienne à combler ces dépenses.

Alors, la « Worldcup » une aubaine pour l’Afrique du Sud ?
La venue de R. Wesso nous invite à un regard plus lucide sur ce « pays arc en ciel » et sur la situation de sa population.
Si l’élection de Nelson Mandela a consacré la fin de l’Apartheid, l’Afrique du Sud reste une nation profondément divisée, tant sur le plan racial que sur le plan économique.
Le meurtre, récemment, d’Eugène Terre’Blanche, leader de l’extrême droite sud-africaine, est comme l’iceberg qui révèle que l’Apartheid reste une réalité au quotidien.

Quant à la situation économique, Ronald Wesso nous en a fait percevoir les dangereux déséquilibres. Si les Noirs sont désormais libres de leurs gestes, beaucoup sont toujours aussi pauvres. Le tiers de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. La majorité de la population noire vit dans les townships, où le chômage touche 60% de la population ; le pouvoir économique demeure aux mains des Blancs et 95% des pauvres sont des Noirs.

En milieu rural, la situation est encore plus mauvaise. La question foncière reste cruciale. La plupart des Noirs avaient été chassés de leurs terres. Or le programme de redistribution des terres enclenché par le gouvernement en 1998 est loin d’avoir atteint ses objectifs. Il prévoyait de réaliser le transfert de 30% des terres cultivables à la population noire d’ici 2014. Aujourd’hui, seuls 4,02% des terres ont été redistribuées. 50 000 fermiers blancs (0,01% des ruraux) détiennent près de 80% des terres agricoles ; 11 millions de familles vivent d’une agriculture de subsistance sur le reste des terres, ou alors travaillent, pour 45 € par mois, comme ouvriers dans les fermes industrielles, orientées vers les productions d’exportation.

Alors, quand on montre à R. Wesso des photos de la construction des stades qui accueilleront les tournois (pour 8,4 milliards de ZAR, soit environ 800 millions d’euros), il soupire : « Cette somme aurait été bien plus utile à la population ! »

Pourtant Ronald ne baisse pas les bras.
Il travaille dans une association (SPP : Surplus People Project) qui est partenaire du CCFD Terre Solidaire. Elle oeuvre dans les secteurs de la réforme agraire et du développement rural. Elle aide ces populations historiquement défavorisées à accéder à la terre, dans le cadre du programme de réforme foncière du gouvernement. Ronald nous expose les quatre axes de son travail :
- accompagner les candidats à l’accès à la terre dans leurs démarches ;
- mener des plaidoyers auprès des élus politiques pour faire comprendre l’intérêt, pour le pays, de développer une agriculture familiale vivrière ;
- apporter un accompagnement technique aux agriculteurs (culture bio …) ;
- participer au courant « Souveraineté alimentaire ».

Ceux d’entre nous qui ont suivi la Coupe du monde de foot ont sûrement applaudi les exploits sportifs des joueurs ; ils ont apprécié les prouesses techniques des constructions et la qualité de l’organisation assurée par la FIFA.
Ont-ils su que cette dernière engrangera plus d’un milliard de dollars de « bénéfice » ; que le montant total des prix attribués aux équipes participantes s’élève à 420 millions de dollars (USD), dont 30 seront accordés à l’équipe championne… pour la gloire et le business .. tandis que les travailleurs de la construction auront reçu en moyenne 224 € par mois …?

Alors, que nous soyons « fans » de foot ou simples curieux, n’oublions pas que derrière l’écran médiatique de la Coupe du monde, une population vit dans la pauvreté, se bat pour sa dignité et pour que ses enfants puissent vivre debout et avoir un avenir décent.
Merci, R. Wesso, de nous avoir rendus attentifs à ces réalités humaines. Grâce à toi, la Coupe du monde nous aura fait mieux connaître ton pays.

 

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